Très Haut Débit : Une filière au rendez-vous mais des arbitrages politiques majeurs à venir

Compte-rendu de l’Université d’été du THD 2019 – 17 et 18 sept. 2019 – Marcq-en-Baroeul

L’Université d’été du THD a pris cette année une nouvelle dimension avec près de 1000 participants (contre 600 en 2018), accueillie par la Région des Hauts-de-France et ses collectivités partenaires à La Cité des Échanges de Marcq-en-Baroeul.

Un succès attribué, selon ses instigateurs – IdealCo et InfraNum, à l’association avec l’Avicca en tant que 3ème co-organisateur, au développement significatif de l’écosystème industriel qui assure les déploiements en France et à la pression croissante de la population envers ses élus locaux quant à l’arrivée du très haut débit sur les territoires.

La filière est au rdv du THD

Alors que la France remonte en flèche dans les classements internationaux de déploiements FTTH, l’heure est clairement à la satisfaction générale quant à la capacité des acteurs à faire avancer le plan France THD. « Nous dépasserons les 4 millions de prises FTTH construites en 2019, un record » se réjouit Etienne Dugas, Président d’InfraNum.

Au-delà de la mobilisation exceptionnelle des industriels, Julien Denormandie, Ministre auprès de la Ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, se félicite de l’augmentation significative des taux d’abonnement fibre sur les territoires, qui traduit l’engouement des citoyens pour le THD (37% au T2 – source Arcep).

Alors quand ce dernier rappelle que « la vigilance reste de mise pour atteindre les objectifs fixés par le Gouvernement (bon débit pour tous en 2020 – très haut débit pour tous en 2022 – gigabit society en 2025) », les organisateurs de l’Université d’été du THD n’ont pas hésité à aborder les sujets qui fâchent…

À commencer par la réouverture du guichet de financement du THD.

L’Observatoire national du THD 2019 a estimé à 3 millions le nombre de prises restant à déployer d’ici 2022 et n’ayant pas encore été intégré dans le plan France THD.

« Cela concerne 25 départements » reconnaît le ministre, qui s’est dit néanmoins confiant dans l’agilité des acteurs et partenaires du marché à faire évoluer la situation.

Une réponse qui ne suffit pas à l’Avicca et Infranum qui en appellent directement au Président de la République : « la réouverture du guichet du THD n’est pas une question d’argent mais de politique. Les dernières procédures attribuées, l’ont été sans subvention de l’Etat » rappelle Etienne Dugas. « Si nous n’apportons pas le très haut débit aux 3 derniers millions de français, la totalité du travail effectué sera oubliée » menace Patrick Chaize, Sénateur et Président de l’Avicca. En effet, atteindre une moyenne de 80% du territoire en THD en 2022 masquera des disparités majeures, avec certains départements couverts à 100%, comme l’Oise (en 2023) mais d’autres à, à peine plus de 50%. « On ne parlera même plus de fracture mais d’injustice numérique » conclut Etienne Dugas.

Autre enjeu majeur qui semble relevé d’une réelle volonté politique : la digitalisation des entreprises et la dynamique concurrentielle sur le marché des offres de gros.

L’inquiétude était palpable face aux récents signaux envoyés sur le sujet. Au-delà du désormais célèbre mauvais classement européen des TPE-PME françaises, s’ajoutent des actualités non rassurantes : la situation capitalistique de Kosc Telecom et un bras de fer inédit entre Orange et l’ARCEP.

« Pourtant dans les réseaux d’initiative publique, l’émulation de la concurrence a démontré son impact positif sur la numérisation des entreprises » rappelle Etienne Dugas.

Sébastien Soriano, Président de l’Arcep, s’est d’abord félicité de l’engagement des 4 OCEN sur ce marché tout en appelant de ses vœux la concurrence, qui passe notamment par un acteur wholesale only. Dans le contexte actuel, il s’est dit très attentif à l’évolution de la situation via son analyse de marché.

L’Avicca et InfraNum affichent une position plus tranchée : « seule l’adjonction d’un opérateur wholesale only peut réellement dynamiser le marché au profit des entreprises sur les territoires ».

Si Antoine Fournier, Directeur général de Kosc Telecom s’est voulu rassurant pour ses clients et la poursuite de l’activité, il a reconnu être dubitatif sur l’avenir de l’opérateur en tant que tel, car il lui semble que « la volonté politique d’ouvrir le marché n’est plus là ».

Dernier point de vigilance : 2025

L’Arcep, par la voix de son Président, reconnaît « ne pas avoir de vision claire sur les infrastructures fixes en 2025. Il est temps de s’en soucier ».

Un appel entendu par tous même si l’écosystème industriel est avant tout mobilisé sur l’achèvement des déploiements engagés (Plan France THD et new deal mobile). Pour ce faire, la poursuite du renforcement des ressources humaines est impérative (6400 nouveaux emplois en 2019).

Et déjà, les industriels se tournent vers les prochains enjeux : la maintenance des réseaux et l’export du savoir-faire pour assurer la pérennité de la filière (la signature du CSF annoncé en novembre dernier sera signée d’ici quelques semaines et aidera en ce sens).